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La flore

Le marais de Lavours, à la transition du Jura et des Alpes, ouvert vers la vallée du Rhône, recèle une flore très riche et diversifiée.
La végétation s'organise en fonction des types de sol (limoneux et argileux au bord du Séran, tourbeux au centre du marais) et selon la profondeur de la nappe phréatique.
Dans les prairies tourbeuses, à coté des hautes gentianes pneumonanthes et des pimprenelles, se dissimulent de nombreuses plantes plus discrètes, comme la Parnassie des marais, l'Hydrocotyle, et des plantes carnivores telles que le Rossolis à feuilles longues et la Grassette. Quelques joyaux d'orchidées vivent là : l'Orchis des marais, le Spiranthe d'été et le liparis de Loesel. Dans les prairies limoneuses, on remarque la Violette élevée, la Fritillaire pintade et l'imposante Euphorbe des marais.

  • Les Cryptogames (les plantes sans fleurs)

Plus de 400 espèces de champignons ont été inventoriées.
L'étude des algues, des lichens, des bryophytes (les mousses et les hépatiques) et des ptéridophytes (les fougères) de la réserve naturelle est en cours.

  • Les phanérogames (les plantes à fleurs)

Le premier inventaire botanique du marais de Lavours date de 1876 ! Aujourd'hui, 371 espèces de plantes ont été recensées, mais chaque année apporte de nouvelles découvertes.

LE ROSSOLIS Á LONGUES FEUILLES (Drosera longifolia ou D. anglica)

Le Rossolis à longues feuilles est une petite plante carnivore, vivace, haute de 10 à 20 centimètres. Les feuilles sont disposées en rosette. Le limbe, étroit et allongé au bout d'un long pétiole, porte de nombreux poils glanduleux sur la surface supérieure. Les petits insectes sont attirés et viennent s'y engluer : certains poils sont sensibles au contact et lorsq'un insecte se pose, ils provoquent le rabattement du limbe dans sa longueur, qui emprisonne la proie. La digestion s'effectue grâce à des glandes qui sécrètent des enzymes et peut durer plusieurs jours.

En juillet-août, les petites fleurs blanches situées à l'extrémité d'une longue hampe florale s'épanouissent, donnant ensuite chacune un fruit, ou capsule, contenant les graines.
La position de la hampe florale permet de différencier plusieurs espèces de rossolis : chez les rossolis à feuilles longues, elle part du centre de la rosette des feuilles.

Le Rossolis à feuilles longues vit préférenciellement dans les marais alcalins comme le marais de Lavours, mais on peut aussi le trouver dans les tourbières à sphaignes. Il a besoin de zones où la tourbe est à nu pour que ses graines germent et il ne supporte pas le couvert des herbacées qui peuvent coloniser son biotope : le Marisque (Cladium mariscus), le Roseau (Phragmites australis), etc.

En dépit de sa protection sur tout le territoire national, le Rossolis à feuilles longues est en forte régression à cause de la dégradation des marais et des tourbières : drainage, mise en culture ou boisement.

Dans le marais de Lavours, une population bien fournie se développe au niveau des résurgences.

Par contre le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), inféodé aux milieux acides, n'est présent que de manière marginale dans le marais de Lavours.

LE LIPARIS DE LOESEL (Liparis loeselii)


Le Liparis de Loesel est une petite orchidée, haute de vingt centimètres au maximum, qui fleurit de juin à juillet. L'inflorescence est composée de deux à huit fleurs de couleur jaune verdâtre, qui forment un épi lâche.

Cette plante est peu spectaculaire et peut facilement passer inaperçue pour un oeil non-averti. Cependant, sa valeur patrimoniale est grande, puisque le Liparis de Loesel est en forte régression en Europe, notamment en France. Ainsi, sur tout le territoire métropolitain, ne subsitent plus qu'une cinquantaine de localités où l'on trouve cette orchidée. Cela est dû à la modification ou à la perturbation de son biotope que constituent les marais alcalins, comme le marais de Lavours, ou encore les zones humides sur sables en arrière des cordons dunaires littoraux.

Le Liparis de Loesel bénéficie d'une protection en France qui interdit sa cueillette, sa mutilation, ainsi que toute transaction le concernant.
Il est protégé en Europe au titre de la "Directive Habitats" et enfin, il figure dans la liste des espèces les plus menacées de France.

Dans le marais de Lavours, la restauration des prairies humides sur tourbe a permis la réapparition de plusieurs dizaines de pieds de Liparis de Loesel. C'est un fait connu : souvent, les seules mesures de protecion ne suffisent pas et il faut permettre à la plante de retrouver un habitat propice à son développement.

LA GENTIANE PNEUMONANTHE (Gentiana pneumonanthe)

Ponte de papillon azuré sur une gentiane pneumonanthe

La Gentine pneumonanthe est une plante vivace qui mesure entre 10 et 60 cm et qui fleurit de juillet à octobre. Son calice est divisé jusqu'à la moitié et sa corolle est de couleur azure foncé.

On trouve la Gentiane pneumonanthe dans les pelouses, les landes humides et dans les marais acides ou alcalins. Son aire de répartition occupe une grande partie du territoire national, où elle s'observe jusqu'à l'étage montagnard. Toutefois, elle est répartie de manière inégale en France et reste assez rare. De plus, on a noté une certaine régression ou disparition de cette plante en plusieurs endroits.

La Gentiane pneumonanthe ne bénéficie d'aucun statut de protection particulier dans le département de l'Ain. En revanche, elle est protégée en Isère. L'intérêt de cette plante est primordial pour les relations qu'elle entretien avec une espèce de papillon devenue très rare : l'Azuré des mouillères (Maculinea alcon). En effet, ce papillon pond ses oeufs exclusivement sur l'inflorescence de la Gentiane pneumonanthe, qui de ce fait devient essentielle à la survie de cet insecte. Elle n'est pas rare dans le marais de Lavours ; cependant ce n'est qu'en juillet 1998 qu'ont été découvertes les premières pontes d'Azuré des mouillères, dans une prairie sur tourbe qui avait été débroussaillée durant l'hiver précédent. Encore une fois, la restauration des prairies humides s'avère indispensable pour que réapparaissent des espèces qui semblaient disparues et qui n'attendaient en fait qu'un petit coup de pouce pour reconstituer leurs populations.

LA PIMPRENELLE OFFICINALE (Sanguisorba officinalis)

Neotypus pusillus, une petite guêpe qui parasite les azurés.

Cette rosacée ne bénéficie d'aucun statut de protection et ne paraît ni rare ni menacée, en France ou régionalement, malgré une répartition très inégale. Elle est commune dans l'Ain, surtout en altitude, et très abondante dans le marais de Lavours, sur sols tourbeux et limono-argileux.


Accouplement d'azurés des paluds

Sa valeur patrimoniale provient du fait qu'elle est l'unique plante-hôte pour deux espèces de papillons azurés remarquables : l'Azuré de la Sanguisorbe (Maculinea telejus) et l'Azuré des paluds (Maculinea nausithous). La Pimprenelle, comme la Gentiane pneumonanthe, peut être broutée par les bovins et les chevaux : le plan de pâturage respectera donc certaines précautions.